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La Hiérarchie

S’il y a un mot dont le sens se perd peu à peu, c’est bien celui-ci. Se perd ou change, lentement mais sûrement, altéré par l’air du temps.

En grec : En arkhè, le commencement, mais aussi le principe, donc ce qui détermine la suite. C’est le propre de celui qui dirige.

Le grec Ἐν ἀρχῇ (En arkhè) sont les premiers mots de la septante, (mal) traduits bien sûr par Au commencement. Mais le Berechit d’où ils proviennent, désigne plus sûrement un principe, comme une base fondamentale.  Et d’ailleurs on peut comprendre que la première phrase de la genèse soit « principielle », primordiale, fondamentale.
On retrouve donc cette notion chez celui qui dirige, chez le chef qui doit donner la direction, et c’est pourquoi en français nous retrouvons le préfixe « arch- » pour désigner quelqu’un qui a une autorité. Par exemple l’archevêque, l’archidiacre, et même l’architecte, maître de construction qui dirige les ouvriers. C’est le dirigeant qui met en place les principes de constructions de la maison (l’architecte), qui donne l’orientation spirituelle à adopter dans le diocèse (l’archevêque).

L’archi est celui qui a le pouvoir, qui est le chef, dans le sens de tête, celui qui donne le principe.

De nos jours archi est un préfixe que l’on place partout où l’on veut accentuer l’effet : c’est archi-important !!

Le grec ἱερός (hierós ) qualifié ce qui est sacré.

ἱερός, (hierós, sacré) et ὄνομα, (ónoma, le nom) ont fini par donner le prénom Jérôme, qui signifie le Nom Sacré (Celui de Dieu) (Voir un prochain article sur le Nom de Dieu)

Le sacré est ce qui ne se touche pas.(« Attention ! c’est sacré ! ») C’est même passé dans le langage courant, par exemple une habitude à laquelle on déroge pas devient « sacrée » (exemple : Ah mon café du matin, il est sacré !, ce que tout le monde comprend c’est l’idée qu’il ne faut pas l’enlever, c’est important pour le buveur de café). Mais dans notre domaine, le sacré relève de ce qui n’est pas de ce monde-ci (Voir un prochain article sur la notion de sacré), mais plutôt du monde venant, ce pourquoi nous ne pouvons pas le toucher.

Sacraliser un objet n’est autre que dire : « Attention il ne faut pas voir dans cet objet son propre terme, mais il désigne une réalité qui n’est pas d’ordre sensible, qu’un ne peut pas toucher »

La hiérarchie est donc étymologiquement un commandement sacré, un principe sacré, intouchable, inviolable.

Bien sûr, prendre des exemples dans ce monde-ci, dans notre environnement immédiat, notre travail, notre pays, est impossible. Nous n’y trouverons jamais une véritable hiérarchie. En effet une fois un pouvoir en place, il doit en général et avant tout se préoccuper d’y rester, vu comment les opposants font tout pour le destituer. Et d’autre part, notre pouvoir politique étant par définition temporaire (rythme des élections), aucune hiérarchie réelle n’existe.

La hiérarchie ne peut être modifiée, elle n’est donc pas d’ordre contingent. On trouvera une hiérarchie dans la description de la Nature Humaine, (voir article sur la Nature humaine). On trouvera une hiérarchie dans la famille dont l’exemple principiel est la Sainte Famille. On trouvera une hiérarchie céleste des ordres angéliques.
Aucune de ces hiérarchies ne peut être modifiée, aucun décret ne peut assurer un changement dans celles-ci.

Le fondement de toute hiérarchie c’est Dieu, le Dieu Vivant en qui rien ne change. Son immuabilité est la garantie de toute hiérarchie vraie.

On peut parler d’une chaîne de commandement, mais parler de hiérarchie au sein d’une entreprise, d’une structure sociale, d’un gouvernement quel qu’il soit, c’est mésuser du mot, tel qu’il se définit étymologiquement.

 

 

 

Obéir au réel

[…] Obéir à la nature des choses fut, pendant des générations, un postulat de base présent dans le sens commun y compris des illettrés et des incultes. Le paysan au milieu de sa rizière, l’artisan avec son marteau, le pêcheur avec son filet savent encore que chaque chose nous résiste selon ce qu’elle est, qu’ils doivent rester dociles et attentifs au réel s’ils désirent le vaincre ou le maîtriser dans le domaine qui leur est propre. La victoire passe nécessairement par l’obéissance au réel. Ne pas l’accepter, c’est s’exposer à des erreurs qui entraînent des conséquences dramatiques.
Pour construire une civilisation qui perdure, il faut commencer par respecter les principes naturels et reconnaître que le feu brûle, que l’eau désaltère et mouille, que le soleil réchauffe et fait lever le grain, que l’homme ne vit pas seulement de pain, qu’un enfant n’est pas un objet non identifié dans le ventre de sa mère… Tout va bien lorsque tous ou la majorité des personnes qui composent la société se retrouvent en ce même credo. Tout commence à aller mal lorsque, malgré l’évidence, des voix s’élèvent pour affirmer le contraire de ce qui est ou bien prônent un relativisme en la matière. Le déni de réel est cause de décadence. […]
Rd Père Jean-François Thomas, s.j.
in « Les mangeurs de cendres – petit traité spirituel », pp. 28-30
(éd. Via Romana – mars 2016)

Amer Constat

Progrès ? – Le monde, depuis un siècle, évolue à pas de géant. Tout se précipite : le vent du « progrès » nous coupe la face. Amer symptôme : l’accélération continue est le propre des chutes plutôt que des ascensions.

Gustave THIBON in L’Echelle de JACOB p.173 – H Lardanchet 1946