Citation

« Il y a quatre droits naturels que le prince est obligé de conserver à chacun de ses sujets ; ils ne les tiennent que de Dieu et ils sont antérieurs à toute loi politique et civile : la vie, l’honneur, la liberté et la propriété. »
Louis XVI

De l’inutilité de la quarantaine

Encore une fois, on ne tire aucune leçon du passé. Un journal du XIXe siècle qualifie la quarantaine de méthode arriérée !

Il faut savoir qu’une ordonnance royale a abolie la quarantaine, autre nom du confinement, le 18 août 1847 parce que cette méthode était considérée comme inutile ! Vous pourrez lire cette information dans l’extrait du journal d’Hygiène numéro 128 qui est recopié en l’état dans cet article.

L’écrivain de cette série de trois articles sur les quarantaines se nomme Léon Fournol. Il était docteur de la Faculté de Paris, ex-interne des hôpitaux, médaille d’honneur de l’Assistance publique et médaille de vermeil du ministère de l’Intérieur. Nous n’avons donc pas à faire à un rigolo de kermesse, à un inculte élu ou à un insignifiant sinistre de la santé. Au XIXe siècle, nos ancêtres n’étaient pas sibeth.

Je vous en cite, si la lecture vous semble trop longue, immédiatement la conclusion :

On voit que nous n’avons pas entièrement renoncé aux vieilles coutumes. Que les exemples des huit siècles d’épidémie que nous venons de passer rapidement en revue fassent réfléchir les hommes compétents qui sont chargés d’organiser la défense contre la peste actuelle, et ils y trouveront sans doute quelque enseignement profond. Nous ne saurions trop répéter que les quarantaines ont toujours échoué contre cet ennemi invisible, insaisissable, qui franchit les cordons sanitaires avec une facilité redoutable, et que les prescriptions seules de l’hygiène sont capables, non-seulement d’arrêter dans le présent les progrès de l’épidémie, mais encore de la détruire absolument dans l’avenir !

Cependant je vous invite à lire ces articles ci-dessous, qui amèneront inévitablement à cette conclusion.

Extrait du Journal d’hygiène, 5e année, 4e volume, numéro 127, 27 février 1879

Paris, ce 27 Février 1879.

Les Quarantaines.

L’épidémie meurtrière de fièvre jaune qui a désolé l’Amérique et le Sénégal, et plus récemment l’apparition de la peste dans la province d’Astrakan, ont donné aux questions d’isolement, aux quarantaines, aux lazarets, une triste actualité. Dans un précédent numéro du Journal, nous avons promis un long extrait du mémoire sur les quarantaines, présenté à la Commission d’enquête des États-Unis qui poursuit en ce moment à Washington les travaux commencés par le Congrès d’hygiène de Richmond (1).

Cette étude consciencieuse suit pas à pas la marche des épidémies les plus meurtrières, choléra, peste, fièvre jaune, et dans ce passage rapide à travers l’histoire de la santé publique, pendant huit siècles, on trouve sans cesse la trace profonde des efforts tentés à toutes les époques pour enrayer la marche des fléaux, efforts ayant presque toujours abouti à des résultats désastreux, à des lois de séquestrations épouvantables sans aucun bénéfice pour la santé des peuples et que la civilisation moderne éclairée par les progrès de la science tend à rayer de ses codes. La quarantaine fait partie de l’ensemble des mesures et des règlements qui constituent le système sanitaire, ayant pour objet de prévenir le développement et d’empêcher la propagation des maladies réputées pestilentielles, système basé sur la croyance que ces maladies se propagent par contagion.

On appelle quarantaine le temps pendant lequel les voyageurs ou les marchandises, provenant d’un pays où règne une maladie dite contagieuse, restent en observation, complètement isolés et séparés de la population saine. On pensait autrefois que la période de quarante jours était absolument nécessaire pour conjurer le danger. Aujourd’hui le mot est passé dans le langage usuel et signifie le temps quelconque pendant lequel les hommes ou les objets suspects restent isolés.

C’est à Venise, en 1127, que cette mesure fut prise pour la première fois contre les voyageurs venant de l’Orient où la peste sévissait; on les interna pendant quarante jours dans un couvent, et ce n’est qu’après cette longue réclusion qu’ils furent admis dans la ville. Ce n’est que deux siècles plus tard que l’on trouve la première organisation des lazarets. Déjà le 17 janvier 1374, le Vicomte Barnabo avait ordonné l’isolement des malades dans leurs navires au large de la côte. En 1383, tous les gouvernements interdirent l’entrée des voyageurs venant d’un pays infecté, sous peine de mort. Malgré toutes ces ordonnances la peste sévissait toujours. Au commencement du XVe siècle, on institua à Venise un conseil de santé chargé spécialement de combattre la peste; il rendit plus sévères encore les ordonnances quarantenaires, mais cette nouvelle mesure fut suivie d’une telle épidémie de peste, que beaucoup de malheureux cherchèrent dans le suicide le seul moyen d’échapper aux horreurs de la peste et de la quarantaine.

Enfin, en 1403, on créa à Venise deux hôpitaux de pestiférés dans deux îles éloignées de la cité, dont l’une appartenant aux Pères Augustins et nommée Sainte-Marie-de-Nazareth, d’où est venu par corruption le nom de Lazaret donné à ce genre de refuge. Ces dates précises sont en désaccord avec l’opinion émise par M. Michel Lévy dans son Traité d’hygiène. « Les lazarets, dit-il, ont été fondés au temps des croisades, sous l’invocation de saint Lazare ; plus tard, ils servirent de prison aux voyageurs suspects de contagion. » Nous ferons remarquer que les croisades se sont faites de 1095 à 1268.

Les patentes ou lettres de santé furent demandées pour la première fois à Venise, environ cinquante ans après la création des lazarets ; elles devinrent obligatoires en Angleterre en 1636 ; elles consistaient en certificats émanant du gouverneur du port de départ, sur lesquels l’état sanitaire était distingué en pur ou impur; (clean or foul), ce que nous appelons en France patente nette ou patente brute. En cas de patente brute, la période quarantenaire était fixée à quarante jours, mais si pendant ce temps une nouvelle maladie était constatée dans l’équipage, les autorités compétentes pouvaient prolonger la quarantaine aussi loin qu’ils l’entendaient.

La première quarantaine en Angleterre avait été instituée en 1348 à Gloucester pendant une peste qui, après avoir ravagé la Chine, le littoral de l’Afrique et l’Europe, s’abattit sur Bristol. Toute communication fut interdite avec cette ville, et l’on pensa échapper ainsi au fléau. Ces efforts demeurèrent absolument inutiles ; la peste atteignit Gloucester, Londres, Oxford et s’étendit à toute la contrée. Les autres villes anglaises suivirent l’exemple donné ; les municipalités édictèrent des ordonnances indépendantes de toute loi générale qui, légèrement modifiées suivant les circonstances, furent en vigueur jusqu’en 1603. Le 30 juillet, le Conseil privé du roi fit sortir des ordonnances infligeant aux habitants des maisons infestées, dans les villes ou les campagnes, une séquestration de six semaines, « sous peine d’être fouettés comme vagabonds.» Toute personne convaincue d’avoir été visiter un malade était accusée de félonie.

En 1605, la peste ayant sévi de nouveau, toutes les maisons ayant eu un mort ou un malade convalescent furent fermées un mois en sus de la quarantaine préalable, un gardien était placé nuit et jour à la porte pour éloigner les visiteurs, et on y affichait un placard portant ces mots : « Seigneur, ayez pitié de nous ! »

De Foë, dans son Histoire de la peste de Londres en 1665, assure que les horreurs de la quarantaine égalaient celles de la peste. Il cite à l’appui un exemple terrible : Une famille nombreuse fut soumise pendant quarante jours à une séquestration absolue à cause d’une servante qui tomba malade; le manque d’air, la crainte, la colère, l’ennui firent tant que la maîtresse de la maison fut prise de fièvre. Des visiteurs affirmèrent qu’il y avait là un cas de peste, un médecin nia le fait. Cependant la famille fut soumise à une nouvelle quarantaine, il lui restait encore cinq jours pour arriver au bout de la première. Cette vexation nouvelle et la privation d’air pur, la prolongation exagérée du confinement, le manque d’aliments sains, toutes ces causes amenèrent l’infection de toute la maison, tous les malheureux habitants tombèrent malades l’un après l’autre et succombèrent, aucun ne fut atteint de la peste, on peut affirmer qu’ils furent tués par la mesure barbare qui avait été imaginée pour les garantir du fléau. Pour éviter cet emprisonnement odieux, on avait recours à tous les moyens possibles pour cacher les décès. On put constater alors une véritable épidémie de suicides. La France, la Hollande, l’Espagne, le Portugal et toutes les puissances maritimes de l’Europe suivirent cet exemple funeste, et la peste devint plus meurtrière, aidée incontestablement par les quarantaines.

Nous pouvons dès à présent tirer de tout ce qui précède quelques enseignements instructifs. De la fin du XVe siècle datent les lazarets ; du milieu du XVIIe date le développement de la civilisation ; du commencement du XVIIIe l’anéantissement de la peste en Europe ; c’est-à-dire deux cents ans après la création des lazarets. Dans les trois siècles qui les précèdent, on compte 105 épidémies, dans les trois siècles qui suivent leur installation on en compte 143. D’après ces dates et ces faits nous pouvons conclure avec Aubert-Roche, que « la seule prophylaxie de la peste c’est la civilisation, c’est-à-dire le bien-être général que l’agriculture, le commerce, l’industrie et la science procurent et développent sous les hospices de l’hygiène publique. »

En 1710, la peste sévissant sur les rivages de la Baltique, l’Angleterre prit des mesures nouvelles et soumit à une quarantaine rigoureuse les vaisseaux provenant des pays suspects. Dans un espace de douze ans, un grand nombre d’additions furent faites aux règlements en vigueur, et tout commerce fut interdépendant un an avec les pays atteints par la peste . En 1720, la peste était à Marseille, le Dr Richard Mead fut chargé par le gouvernement anglais de formuler une ordonnance sanitaire à cette occasion; il admit la quarantaine absolue au lazaret d’après le système de Barnabo, la séparation des malades et la submersion des vaisseaux et des marchandises contaminées.

En 1721, un arrêt du Parlement punit de mort tout individu, malade ou bien portant, qui s’échappait du lazaret. La barbarie de ce décret le fit bien vite abroger. En 1753 la loi fut modifiée et l’on installa à une grande distance des côtes, des lazarets flottants servant à la désinfection des marchandises. Eu 1780 on comptait 13 établissements de ce genre; 7 en Angleterre, 4 en Écosse, 2 à Jersey et à Guernesey.

En France, les léproseries furent établies en même temps que les lazarets en Italie, et leurs règlements étaient aussi arbitraires et vexatoires. Aucun système régulier ne fut adopté avant la grande peste de Marseille de 1720-21. Dans tous les ports français de la Méditerranée, on ne savait qu’isoler et séquestrer les vaisseaux et les voyageurs provenant d’un pays infecté, et dans les localités où sévissait la peste on dirigeait contre les maisons atteintes et leurs habitants les ordres les plus sévères appuyés sur les plus grandes pénalités. Mais lorsque après la peste de Marseille on se fut assuré que ces mesures étaient tout simplement vexatoires et préjudiciables au commerce du monde sans aucun avantage pour personne, la Chambre de commerce s’interposa et les fit annuler. Cette indépendance de Marseille et de Toulon fut sévèrement jugée par les autres ports et fit un grand nombre de mécontents. Marseille fut spécialement accusée d’entretenir la peste, mais l’idée gagna cependant du terrain. L’administration sanitaire, fut soutenue par des édits royaux, qui tendaient à rendre les quarantaines moins ruineuses pour le commerce et approuvaient ainsi les efforts tentés dans cette voie. (A suivre)

Léon Fournol.

(I ) Voir le The Samtarian, de New-York, numéro de janvier 1879.

Extrait du Journal d’hygiène, 5e année, 4e volume, numéro 128, 6 mars 1879

Les Quarantaines. (Suite)

En Amérique, la prophylaxie de la fièvre jaune donna lieu aux mêmes errements. Au mois de juin 1699, cette maladie éclata pour la première fois à Philadelphie, et presque en même temps à Charleston et à Boston. Dans une expédition dirigée contre la Martinique , il mourut 1,300 matelots sur 2,100, et 1,800 soldats sur 2,400. Philadelphie qui, à cette époque, comptait 4,000 âmes, enregistra 220 décès par le fléau. On attribua aux navires l’importation de la maladie, et William Penn demanda pour eux l’établissement d’une quarantaine. Cependant l’organisation réelle des quarantaines, actuellement en vigueur dans les colonies, parait avoir pris naissance à Philadelphie, en 1728, après l’arrivée de deux vaisseaux venant de Bristol. Depuis ce temps, les différents ports des colonies adoptèrent graduellement tout le premier système, avec différents degrés de sévérité, et les capitaines durent observer les règlements sous peine de punitions graves.

En 1738, les pilotes de Philadelphie reçurent l’ordre de faire stationner les vaisseaux à un mille de la côte, jusqu’à la visite d’un médecin. En 1743, le nombre des immigrants venant du Palatinat (Allemagne) devint si considérable que l’organisation régulière de la quarantaine fut jugée nécessaire. Des amendes considérables furent votées contre les délinquants ; mais, à la suite des protestations des agents de la santé, ces lois tombèrent en désuétude.

A New-York, la première loi relative aux épidémies sortit en 1758. Ses dispositions étaient semblables à celles que nous avons rencontrées jusqu’ici et, pour la plupart, elles restèrent en vigueur jusqu’en 1863. Pendant le choléra qui éclata dans l’Inde, en 1831, tous les gouvernements firent leurs efforts pour s’opposer à la marche du fléau par des mesures quarantenaires. Aux États-Unis, en 1832, un comité se réunit à cet effet ; mais là, comme en Europe, on n’eut qu’une médiocre confiance en cette antique barrière opposée à l’épidémie.

L’épouvantable mortalité qui dépeupla la France à cette époque démontra, avec la dernière évidence, l’inutilité des quarantaines contre le choléra. Un rapport de l’Académie de médecine de Paris conclut à l’urgence d’une réforme absolue dans le système quarantenaire et, le 18 août 1847, une ordonnance royale, s’appuyant sur l’opinion émise par les savants, déclarait les quarantaines inutiles et les abolissait.

De nouvelles réformes furent décrétées en France, en 1849-50, mais elles furent mal accueillies par les corps savants qui proposèrent des lois basées sur la science et respectant les intérêts commerciaux. Dupeyron proposa au Ministre du commerce la convocation d’un Congrès sanitaire où seraient représentées toutes les puissances ayant des ports sur la Méditerranée. Mélier soumit un programme qui fut accepté par les Gouvernements intéressés. Après une longue discussion, on proposa un code international de lois quarantenaires qui annuleraient les restrictions odieuses des anciens. Ce code fut adopté par presque toutes les nations représentées, et il fut appliqué dans presque tous les ports de la Méditerranée.

Malgré ces réformes sanitaires, le Conseil général de santé d’Angleterre, institué en 1848 par acte du Parlement, persista dans ses efforts pour régulariser les quarantaines, disant que la protection contre les maladies pestilentielles consiste, non pas uniquement dans l’isolement, mais bien plutôt dans les mesures d’hygiène tendant à la suppression ou à la prophylaxie des conditions capables d’engendrer la maladie.

La Commission générale de santé proposa la destruction de tous les foyers de contagion dans les villes et dans les campagnes, l’assainissement des habitations, le choix des aliments et des boissons, la propreté la plus complète des hommes et des matières commerçables, et enfin, si la peste se déclarait malgré toutes ces précautions dans un endroit quelconque, l’abandon de la localité infectée jusqu’à ce que la cause de la maladie soit trouvée et détruite. La conclusion du rapport de 1849 était ainsi formulée :

« Les quarantaines, loin de prévenir et d’anéantir les maladies pestilentielles, les concentrent dans un espace restreint et les mettent ainsi dans les conditions les plus favorables à leur développement et à leur généralisation. » (A suivre)

Léon Fournol.

Extrait du Journal d’hygiène, 5e année, 4e volume, numéro 129, 13 mars 1879

Les Quarantaines. (Suite et fin)

L’esprit des réformes Européennes s’étendit rapidement sur l’Amérique. En 1855, la fièvre jaune ravageait Savannah, Charleston et Norfolk ; l’année suivante elle fit son apparition à New-York, malgré les restrictions sévères des quarantaines. Un journal du temps, TheHunt’s Merchant’s Magazine, les dénonça à l’opinion publique et indiqua les véritables mesures prophylactiques du fléau. Le Dr Wilson Jewcll (de Philadelphie), reprenant les idées de Mélier et de Dupeyron, avança que les lois quarantenaires des États-Unis étaient basées sur des théories fausses, et le 10 novembre 1856, dans une réunion du Conseil de santé, il fit adopter la révision des lois d’isolement par les Conseils de New-York, Baltimore, Boston et Nouvelle-Orléans. Enfin, après différents Congrès réunis : le 13 mai 1857, à Philadelphie; le 29 avril 1858, à Baltimore ; les 27-30 avril 1859, à New-York ; et le 14 juin 1860, à Boston, un Code d’hygiène maritime fut constitué, adopté à l’unanimité et recommandé aux comités avec des instructions pour, assurer son adoption par les différents gouvernements.

Pendant l’été de 1858, il y avait devant New-York une flotte de vaisseaux infectés retenus en quarantaine. Le nombre des cas de fièvre jaune admis dans l’Hôpital de la Cité devint si considérable que, dans la nuit du 1er septembre, une foule composée d’environ mille individus enleva les malades et brûla les bâtiments.

En résumé, aucune mesure n’est plus capable d’arrêter la marche des épidémies que le développement de la civilisation ; la répartition la plus large de l’air pur, des aliments sains et en quantité suffisante ; la suppression des grandes agglomérations d’hommes dans un milieu confiné, et des guerres meurtrières, dernier vestige des siècles de barbarie. Sur les vaisseaux, on doit, avant toutes choses, assurer la ventilation la plus minutieuse de toutes les chambres, des cales, et l’assainissement des marchandises. L’hygiène individuelle et l’hygiène publique feront plus pour la sécurité des peuples que toutes les lois restrictives présentes ou à venir.

Nos lecteurs pourront se reporter au n°47 du Journal d’hygiène, 10 juin 1877 ; ils y trouveront l’analyse rapide des travaux de notre distingué confrère, le Dr Bomba, sur cette question ; et les idées émises dans cette étude empruntent aux circonstances actuelles une incontestable valeur.

Terminons en donnant un résumé rapide des mesures quarantenaires actuellement en vigueur en France, résumé que nous sommes heureux d’emprunter à notre savant confrère le Dr F. Brémond (1).

I. Obligation pour tous les bâtiments de produire une patente ou lettre de santé, constatant leur état sanitaire ;
II. Quarantaine forcée, en cas de patente brute, pour le bâtiment, les passagers et les marchandises, cette quarantaine étant, selon le cas, d’observation ou de rigueur ;
III. La quarantaine d’observation se borne à tenir en observation, pendant un temps déterminé, le navire et l’équipage. Le navire reste au large et subit certaines opérations de lavage et d’aération ;
IV. La quarantaine de rigueur entraîne les mesures de purification et de désinfection spéciales jugées nécessaires par l’autorité sanitaire. Elle oblige au débarquement des marchandises au lazaret ;
V. Les officiers de police sanitaire ont le droit de faire jeter à la mer, ou de détruire par le feu les cuirs, crins, chiffons et drilles originaires des pays suspects ;
VI. Dans tous les cas de patente brute, les lettres et papiers sont soumis à la purification ;
VII. La durée de la quarantaine de rigueur peut durer quinze jours pleins, au maximum;
VIII. Outre les quarantaines prévues, les autorités sanitaires ont le droit, en présence d’un danger imminent et en dehors de toute prévision, de prescrire, sous leur responsabilité, telles mesures qu’elles jugeront indispensables pour le maintien de la santé publique.

On voit que nous n’avons pas entièrement renoncé aux vieilles coutumes. Que les exemples des huit siècles d’épidémie que nous venons de passer rapidement en revue fassent réfléchir les hommes compétents qui sont chargés d’organiser la défense contre la peste actuelle, et ils y trouveront sans doute quelque enseignement profond. Nous ne saurions trop répéter que les quarantaines ont toujours échoué contre cet ennemi invisible, insaisissable, qui franchit les cordons sanitaires avec une facilité redoutable, et que les prescriptions seules de l’hygiène sont capables, non-seulement d’arrêter dans le présent les progrès de l’épidémie, mais encore de la détruire absolument dans l’avenir !

Léon Fournol.

(1) Voir pour les détails le numéro du Journal d’hygiène du 1er octobre 1875 (1er vol. p. 11).

Du Nom très saint de la Divinité

En octobre 2008, le synode des évêques sur la Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Eglise a mis en pratique cette nouvelle disposition de la Congrégation romaine pour le culte divin qui demande – « par directive du Saint-Père » – qu’on n’emploie plus la transcription des quatre consonnes hébraïques – « le Tétragramme sacré » – vocalisées en « Yavhé » ou « Yahweh », dans les traductions, « les célébrations liturgiques, dans les chants, et dans les prières » de l’Eglise catholique. (source)

Hélas nous l’entendons encore très souvent dans certaines homélies.

Nous pouvons rappeler ici que la prononciation du nom de Dieu n’était connue que du grand-prêtre. Que celui-ci ne le transmettait qu’au grand-prêtre suivant. Et qu’hélas, lors de la destruction du premier Temple de Jérusalem, le grand-prêtre est mort avant d’avoir pu transmettre cette connaissance.

Dans nos traductions, en général, nous trouvons « Le Seigneur » à la place du Nom Divin. « L’Éternel » dans les traductions de Louis SEGOND, et Chouraqui utilise le tétragramme francisé en ajoutant le mot adonaï :

En effet, la prononciation du Tétragramme étant interdite depuis que le Temple de Jérusalem a été détruit, les Juifs s’adressent à Lui par Adonaï dans leurs prières, et dans la vie de tous les jours, HaShem (Le Nom). Lorsque les Massorètes ajoutèrent la ponctuation au texte de la Bible hébraïque au  1er  siècle, ils donnèrent au Tétragramme les voyelles d’Adonaï, afin de rappeler au lecteur qu’il faut le lire Adonaï. (source)

Le Tétragramme sacré est celui-ci : yōḏ (י),  (ה), wāw (ו),  (ה) :
י ה ו ה
et retranscrit YHWH en français.

Lorsque que les 70 sages ont traduit la torah en grec, ils savaient que le Nom de Dieu serait mal prononcé. C’est pourquoi dans la Septante on trouve adonaï ( en hébreux), traduit par kyrios ( Κύριος en grec), ce qui signifie « Le Seigneur ». C’est d’ailleurs la recommandation du synode cité plus haut.

Toutefois, Dieu a un Nom, que, dans sa grande bonté, Il nous révèle :
Ex 3,15 :
Dieu dit encore à Moïse : Tu parleras ainsi aux enfants d’Israël : י ה ו ה , le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, m’envoie vers vous. Voilà mon nom pour l’éternité, voilà mon nom de génération en génération.

L’ignorer, c’est ignorer une révélation de première grandeur. Nous disons, dans la 1ère demande du Notre Père : « Que ton Nom soit sanctifié ! » Quel nom sanctifier si nous ne le connaissons pas ?
On peut comprendre les 70 traducteurs de la septante. En effet, il est écrit « Tu n’invoqueras pas le nom de YHWH ton Dieu en vain » (Ex 20:7) .
Alors les hébreux, et les juifs d’aujourd’hui s’interdisent de le dire. Mais d’ailleurs comment le dire si nous n’en connaissons pas la prononciation ?

Il y a un moyen simple de rester respectueux et d’exprimer ce nom divin, c’est de l’épeler, tout simplement. Dire : « Yod Hé Wav Hé », c’est épeler le tétragramme sacré, seul moyen désormais d’appeler Dieu par son Nom, comme Il nous l’a révélé. Les targumim nous révèlent que l’usage de l’épeler existait après la perte de la prononciation, et avant la septante.

L’Écriture ne nous interdit pas de prononcer le nom de Dieu. Elle nous interdit de le prononcer en vain. Or comme nous ne savons plus le prononcer, abstenons-nous des Yahvé, Jéhovah et autres blasphèmes.
Dire « Yod Hé Wav Hé » et écrire « YHWH », c’est être au plus proche de la tradition, et avoir l’honneur de pouvoir appeler Dieu par son Nom.

Le point faible de la Bioéthique (Article de 2007)

Je transcrit ci-dessous un article qui a plus de 11 ans d’ancienneté. Mais dont je trouve la pertinence toute actuelle. Bonne Lecture

 

Le jeudi 17 mai dernier (2007), le gouvernement britannique approuvait une proposition de loi autorisant la création d’embryons hybrides, humains et animaux « en vue de la recherche ». Et le 5 septembre, la HFEA (Autorité pour la Fécondation et l’Embryologie Humaines) acceptait que des laboratoires de recherche créent des embryons « humains » par clonage, en injectant le noyau d’une cellule humaine dans un ovule énucléé prélevé chez un animal, un ovocyte de vache par exemple, à condition de détruire cet embryon, au plus tard quatorze jours après. La Grande-Bretagne devient ainsi le premier pays à suivre l’exemple de la Chine, avec cette nuance que là-bas les embryons hybrides sont maintenus en vie jusqu’à un stade « assez avancé ».
Que les serviteurs conscients ou inconscients de Lucifer approuvent tout ce qui peut offenser Dieu en défigurant Son image et Sa ressemblance, n’est que trop logique : mis à part un bref épisode il y a 2000 ans, ils ne peuvent L’atteindre qu’en frappant Ses créatures. Mais ce qui retiendra notre attention ici sera plutôt la faiblesse de la réplique officielle.
Notons tout d’abord que ce qui est en cause – au fond – n’est pas la « recherche » mais la « société » dans son ensemble. Une telle proposition de loi a peu d’effets directs sur les laboratoires (qui se livrent depuis longtemps sans le dire à ce genre de manipulations).

Elle va simplement leur permettre de publier leurs résultats dans les revues scientifiques (ce qui n’est pas toujours un objectif, que l’on souhaite garder secret le savoir-faire ou que l’on veuille le protéger : en effet aucune publication ne doit précéder un brevet).
Le but est ici d’agir en profondeur sur les esprits : non plus seulement sur les comportements (comme par la publicité) mais sur l’image que l’homme a de lui-même, sur son identité. Il s’agit d’induire un changement d’identité en abattant la barrière qui, dans l’image de soi, sépare encore l’homme de l’animal.
Le terrain est déjà bien préparé pour cette offensive : la barrière (ou ce qu’il en reste) a été ébréchée par les directives européennes sur le confort animal comme par les actions juridiques en vue de faire reconnaître les « droits » des animaux, en particulier ceux des grands singes.
En 1999, la législation de la Nouvelle-Zélande a doté les primates d’un droit à la protection de leur liberté individuelle. En 2006, à Madrid, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol a déposé une proposition de loi visant à intégrer les singes dans l’espèce humaine afin de leur assurer une « protection morale et légale ».
De là l’écho disproportionné donné dans la presse mondiale aux thèses de Peter Singer, ce philosophe australien, fondateur de la chaire de bioéthique à Princeton, et auteur de La Libération animale, qui a reçu en 2003 le prix d’éthique décerné par le World Technology Network, un influent réseau de financiers, chefs d’entreprise et hommes politiques de 50 pays.
Devant cette offensive concertée, l’Académie Pontificale pour la Vie a réagi. Selon son Président, Mgr Elio Sgreccia, la décision britannique est une « offense » à la dignité humaine : « La création d’un hybride homme-animal est une frontière que tout le monde – et pas seulement les associations religieuses – avait jusqu’ici bannie du domaine des biotechnologies. Et cela, justement parce que la dignité humaine est compromise, offensée, et qu’on peut ensuite créer des monstruosités à travers ces fécondations », a dit Mgr Sgreccia.
« Il est vrai que ces embryons sont ensuite supprimés, que les cellules sont prélevées, mais dans tous les cas, la création d’un être homme-animal, représente une grave violation, la plus grave, des lois de la nature », a-t-il expliqué au micro de Radio Vatican.

« La condamnation morale doit donc être totale, au nom de la raison et au nom même de la justice et de la science qui doivent rester au service de l’homme et respecter la nature humaine », a-t-il ajouté.
Mgr Sgreccia souhaite que la Communauté scientifique internationale confirme sa ligne de défense en faveur de « la conservation » et du « respect des espèces ». « Jusqu’à présent, l’individu humain n’a pas été respecté, dans la mesure où les embryons sont immolés et sacrifiés de plusieurs manières et dans ces fécondations artificielles elles-mêmes – a-t-il relevé. Mais la frontière entre une espèce et l’autre était respectée. Or aujourd’hui, même cette barrière-là est abattue et les conséquences n’ont pas été calculées ».
Pour Mgr Sgreccia il n’y avait, par ailleurs, aucun besoin de prendre cette décision. « Si l’on cherche des cellules souches capables de soigner des maladies comme la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson, il est absolument inutile de créer un hybride homme-animal, car il existe des cellules souches adultes, celles du cordon ombilical, celles de l’homme adulte, pour pouvoir faire face – en toute confiance – à ces frontières », a-t-il précisé.
Le président de l’Académie pontificale pour la vie regrette que « les scientifiques ne considèrent que l’avancée de leurs recherches » au détriment « d’éléments anthropologiques et philosophiques tels que le respect de la nature et le respect de l’ordre naturel.(…)La soif du savoir a ses limites – a poursuivi Mgr Sgreccia – Si elle n’est pas contrôlé par un sens de l’équilibre et par la raison humaine, toute cette soif d’expériences risque de bouleverser le sens moral du chercheur ».
Cette protestation purement verbale n’est-elle qu’un baroud d’honneur avant l’acceptation ?
On pourrait le craindre puisque l’UCL, l’Université Catholique de Louvain, qui se restructure, envisage déjà de confier ses recherches sur le génome humain à un institut juridiquement distinct de l’Université, ce qui faciliterait le financement et atténuerait l’emprise des injonctions romaines.

Surtout, la déclaration de Mgr Sgreccia est comme vidée de toute sa force par une ambiguïté qu’il ne relève pas concernant la notion d’espèce. En effet, si les évolutionnistes ont raison, l’espèce n’a aucune réalité ontologique et ce qu’il dénonce comme une transgression n’est qu’un moyen analogue à ceux que la nature utilise chaque jour pour transformer les êtres vivants.
Reprenons une à une les assertions de Mgr Sgreccia.
1 – La création d’un hybride homme-animal est une frontière que tout le monde – et pas seulement les associations religieuses – avait jusqu’ici bannie du domaine des biotechnologies.
Si l’homme a évolué de l’animal, un hybride homme-animal ne se distingue en rien d’un autre hybride. Le théologien pourrait ici suivre la Bible et condamner tous les hybrides, et notamment l’hybridation des espèces cultivées (qui, vu la stérilité des variétés hybrides, met les paysans du monde entier dans la dépendance d’un tout petit nombre de semenciers et ouvre la voie à une famine généralisée si un parasite ou un accident de végétation détruisait un jour les rares variétés utilisées). Il est écrit en effet : « Tu n’accoupleras pas ta bête avec des bêtes d’espèces différentes » (Lv 19,19).
Mais les théologiens sont restés muets devant les hybrides (comme aujourd’hui devant les OGM) car ils auraient trop peur de passer pour « fondamentalistes » s’ils appliquaient un verset biblique hors du domaine psychologique ou littéraire et prétendaient statuer sur des réalités matérielles ou historiques !
De fait, la création d’un hybride homme-animal n’a jamais été bannie : c’est le rêve discret de tout spécialiste des biotechnologies, comme la découverte d’un « ancêtre » de l’homme est le rêve avoué de tout paléontologiste : la voie assurée vers la célébrité et la richesse.

On a même déjà prévu le rôle de ces hybrides : assumer mieux que des robots les basses besognes de la société, tout en leur créant une impossibilité génétique ou physiologique à la révolte, afin d’éviter les Spartacus parmi ces nouveaux esclaves…
2 – « Et cela justement parce que la dignité humaine est compromise, offensée, et qu’on peut ensuite créer des monstruosités à travers ces fécondations ».
La dignité humaine (ou plutôt ce qu’il en reste) n’est nullement compromise par la création de monstres, puisque le manipulateur de gènes ne fait que copier à sa manière les mutations et les croisements dont la nature se serait servie, selon l’évolutionnisme, pour produire les premiers hominidés. D’ailleurs la fabrication de « chimères » (êtres artificiels) a cours depuis longtemps dans les laboratoires.
3 – « La création d’un être homme-animal représente une grave violation des lois de la nature » (…) « Jusqu’à présent, … la frontière entre une espèce et l’autre était respectée ».
Pour les évolutionnistes, ce sont précisément les « lois » de la nature qui démentent la réalité ontologique des espèces, et donc la spécificité ou l’unicité humaine.
Certes Darwin eut du mal à faire accepter des naturalistes l’évanescence du concept d’espèce. Mais il sut contourner l’obstacle. Il écrivait au biologiste américain Asa Gray, peu après la publication de son maître-ouvrage : « Il est très important que mes idées soient lues par des hommes intelligents accoutumés aux arguments scientifiques, tout en n’étant pas naturalistes. Cela peut paraître absurde, mais je m’imagine que de pareils hommes entraîneront après eux les naturalistes qui s’entêtent à croire qu’une espèce est une entité.»

Ce n’est donc pas d’aujourd’hui que la barrière est abattue ; la confusion provient du fait que les naturalistes continuent d’utiliser le mot espèce (et comment pourraient-ils s’en passer !) mais sans lui associer cette idée d’une réalité permanente qui lui était attachée dans la vision biblique du monde.
Selon la Genèse, en effet, Dieu a créé chaque être vivant « selon son espèce » (Gn 1, 4-10-12-18-25-31) et cette formule répétée tant de fois sur une page si concise suffit à établir la valeur ontologique de l’espèce, même si l’on peut discuter, cas par cas, surtout pour les végétaux, si ce que nous avons baptisé espèce ou genre correspond bien à ce que la Bible a en vue sous le nom hébreu de min. Manifestement, Mgr Sgreccia continue de considérer l’espèce comme une réalité permanente, et l’espèce humaine en particulier, tandis que les écologistes qui effectivement plaident pour la « conservation » et le « respect » des espèces animales ou végétales, ne voient en l’espèce qu’une collection d’individus similaires et n’attribuent de réalité qu’à ces individus.
4 – « Si l’on cherche des cellules souches capables de soigner des maladies…., il est absolument inutile de créer un hybride homme-animal, car il existe des cellules souches adultes … »
On reste ici confondu devant la naïveté de Mgr Sgreccia. Les cellules souches tirées de la moelle osseuse, de l’épithélium olfactif ou du cordon ombilical donnent déjà des résultats prometteurs alors que personne n’a encore démontré que les cellules souches embryonnaires étaient totipotentes. Et selon le philosophe Michel Ghins (Libre Belgique du 19 septembre), « la présence de l’ADN cytoplasmique augmente les risques de rejet et rend peu probable l’utilisation thérapeutique des cellules provenant des clones hybrides ». Si donc les recherches sur embryons se poursuivent, c’est que l’objectif n’est pas thérapeutique. Il s’agit bien de manipuler à volonté le génome humain, non plus dans un but simplement « eugénique » comme celui des années 1930, mais afin que l’humanité prenne en charge et dirige sa propre évolution. Tel est d’ailleurs l’objectif que lui fixent trois universitaires chrétiens, dont au moins deux prêtres, dans un ouvrage tout récemment remanié :
« C’est désormais au cœur de l’évolution technologique, culturelle et sociale que se situe l’essentiel du processus sélectif favorisant les hommes les plus aptes…Face à une telle émancipation vis-à-vis du milieu ambiant, des contraintes matérielles, et même de sa propre nature biologique, la nouvelle quête de l’homme ne peut être qu’en direction d’une plus grande responsabilité, une plus grande liberté pour le meilleur choix de ses projets. »
Nous sommes ici dans la droite ligne de Teilhard de Chardin dont le rêve était de voir un jour l’humanité prendre en main son évolution, grâce à la recherche.
5 – « Les scientifiques – dit encore Mgr Sgreccia – ne considèrent que l’avancée de leurs recherches » au détriment « d’éléments anthropologiques et philosophiques tels que le respect de la nature et le respect de l’ordre naturel (…). Si (le savoir) n’est pas contrôlé par un sens de l’équilibre et par la raison humaine, toute cette soif d’expériences risque de bouleverser le sens moral du chercheur. »
Mais comment se manifestera le respect d’un ordre naturel si la loi première de la Nature est l’évolution ? Pour l’homme, pointe extrême de cette évolution, petit groupe animal au sein duquel la conscience de soi a mystérieusement émergé, le contrôle et l’accompagnement de sa propre évolution sont à l’évidence la manière rationnelle de respecter sa nature. Les chercheurs sont ainsi en parfaite harmonie avec la « morale de situation » adaptée à leur état. On le voit, l’Académie Pontificale pour la Vie ne veut ou ne peut opposer aucun argument de fond aux apprentis-sorciers de la génétique. Comment résister à un changement d’identité sans réaffirmer les fondamentaux de l’identité à préserver ? La présentation de Mgr Sgreccia ne restera que parole volante tant qu’elle ne s’accompagnera pas du refus scientifique de l’évolutionnisme et d’une définition absolue de la nature humaine, définition donc fondée sur l’Ecriture bien interprétée.
Car les manipulateurs sauront s’accommoder de toutes les considérations simplement philosophiques ou psychosociologiques sur l’homme: il leur suffira de les relativiser et de les réinterpréter à la lumière des nécessaires et opportunes évolutions appelées par les « Temps Nouveaux ».
La « raison humaine » à laquelle Mgr Sgreccia veut amarrer sa barque est précisément ce radeau à la dérive sur lequel se sont embarqués, à partir du 16ème, et surtout du 18ème siècle, tous ceux qui ont prétendu que leur science pouvait se passer des lumières de la Parole de Dieu et du guide de la métaphysique pérenne héritée de la Grèce et remaniée par les grands Docteurs chrétiens.
Les questions de bioéthique traversent le champ d’action de la science. Reprendre ancrage dans la Bible en matière scientifique consiste à prendre de nouveau au sérieux le sens obvie de l’Ecriture, le seul dont on puisse tester la compatibilité avec une assertion des sciences, le seul donc qu’on puisse opposer aux ambitions des généticiens. Mais est-on prêt à s’opposer vraiment ?
L’Église catholique, dans la personne de Mgr Sgreccia, est ainsi punie par où elle a péché. L’Académie Pontificale pour la Vie n’aurait pas dû exister. Elle doit sa naissance à la règle aberrante qui préside au recrutement de l’Académie Pontificale des Sciences : choisir les plus titrés dans leur domaine, sans tenir compte de leur religion (ou de leur athéisme). C’est ainsi qu’un jour l’Académie Pontificale des Sciences vota à une forte majorité en faveur de la pilule contraceptive. Pour la première fois dans l’histoire de cet auguste corps, l’Osservatore Romano ne publia pas le compte-rendu de la session. Situation inextricable ! Se soumettre eut été tourner casaque sur un point vital de la doctrine défendue jusque là. Censurer eut provoqué une nouvelle « affaire Galilée » : risque impensable ! La solution fut de créer une autre académie, propre à étudier les questions bioéthiques, de manière à dispenser l’Académie Pontificale des Sciences d’avoir à conseiller le Pape dans ce domaine trop délicat. La Présidence en fut confiée au Pr Jérôme Lejeune et l’on imagine que les premiers membres furent choisis cette fois avec circonspection….
Ainsi le refus du conflit avec la science est aujourd’hui à Rome un impératif catégorique qui l’emporte sur toute autre considération. Et remettre à l’honneur le sens littéral de l’Ecriture, celui qui fonde tous les autres, serait faire affront non seulement à l’impérieuse « communauté scientifique » (qui rejette toute idée d’une création surnaturelle des espèces) mais aussi aux nombreux théologiens qui récusent l’historicité de la Genèse pour accommoder leurs démonstrations à la théorie de l’Evolution.
Si les derniers îlots de chrétienté ne reprennent pas l’initiative dans le combat intellectuel et spirituel engagé par les Lumières (de la raison humaine), ils seront balayés comme les autres. Il y a donc ici une nécessité vitale.
Commander, dit le proverbe, c’est « rendre possible les choses nécessaires ». Or l’Eglise a un chef, y compris lorsqu’il feint de dormir en pleine tempête. Même si nous ne voyons pas comment cela pourra se faire, nul doute que les années à venir montreront que le Chef des chrétiens est bien toujours avec eux, selon Sa promesse.

Dominique TASSOT in CEP n°41 – 4e trimestre 2007

Noël : Fête de la Nativité

Nous fêtons Noël dans la joie, chaque année, de la naissance de notre Seigneur Jésus-Christ. Pourquoi Noël est-il le 25 décembre, et pourquoi cette date a-t-elle été retenue pour fêter la naissance de Jésus ?

En effet, bien que le calendrier julien existât et fût en pratique à Rome, les hébreux ne le pratiquaient pas et le calendrier hébraïque était de mise. Aussi, le mois de décembre n’était pas quelque chose de connu en Israël, à l’époque de la naissance du Christ. L’année civile commençait le 1er trishri (et elle commence toujours pour nos amis qui utilisent encore ce calendrier). C’est la fête de Rosh Hashana. Le 1er trishri correspond environ au 20 septembre, il se déplace autour de cette date. En 2018, il a eu lieu le 9 septembre, en 2019 le 29 septembre. Tishri est donc sur septembre-octobre.

Après le mois de tishri vient le mois de heshvan, sur octobre-novembre, et le mois de kisleu sur novembre-décembre. Ce site est très utile pour obtenir une correspondance.

Dans l’éphéméride du mois de kisleu, on trouve une date particulièrement importante, le 25 (tiens ?)
C’est la fête de Hannoucah. Alors qu’Antiochus IV menait une guerre contre Israël, pour étendre la culture grecque depuis plusieurs années, la révolte, menée par Judas Maccabée obtenait des victoires avec l’aide de Dieu. Le temple de Jérusalem avait été profané par les impies, et le culte n’y était plus célébré. Judas repris le temple et le fit à nouveau consacrer par des prêtres rigoureux dans leur foi. Hannoucah célèbre le miracle de la lumière. en effet, une seule fiole d’huile fut retrouvée intacte et non profanée. Une fiole était prévue pour contenir assez d’huile pour brûler durant une journée. Elle fut utilisée le 25 kisleu pour allumer la menorah dans le sanctuaire, mais il fallait en produire d’autres, et la production de fioles d’huile prenait huit jour. Le miracle fut que la fiole intacte retrouvée dura finalement les huit jours nécessaires. Et c’est ce miracle, (et non les succès militaires tout aussi miraculeux vu les rapports de force en présence) qui est fêté lors du 25 kisleu à hannoucah.

Cette date est donc la réinauguration du temple de Jérusalem, après sa profanation par les impies.

Or Jésus est né à cette date, le 25 kisleu. On trouve plusieurs sources d’une part, mais d’autre part, cela fait vraiment sens. Les sources tout d’abord : La mystique Maria Valtorta rapporte ce dialogue de Jésus avec Pierre dans le second tome de son oeuvre. On trouve également cette date chez Pierre Milliez, dans son ouvrage Jésus, au fil des jours.

Le sens ensuite. La ré-inauguration du temple n’est-elle pas la mise en oeuvre renouvelée de la foi hébraïque, après avoir nettoyé des éléments impurs qui l’avaient profanée ?
Jésus annonce que le nouveau temple (celui-ci sera détruit par les romains en 70) sera son corps ressuscité, avec cette comparaison entre son corps et le Temple de Jérusalem. Sa naissance est donc également une ré-inauguration, celle de la vraie foi en Dieu Trinitaire, qui s’incarne en Jésus le Messie.

En 354 le Pape Libère impose la date du 25 décembre pour célébrer la Nativité, mais dès 336, on trouve des traces des messes de Noël célébrées le 25 décembre. Il est dit que c’est pour contrer des cultes païens à Mithra (dont la naissance, Sol Invictus était célébrée le 25 décembre). C’est sans doute vrai aussi, mais je ne peux pas croire que le Saint Esprit n’ait pas agi pour inspirer proprement nos amis de l’époque, en attendant qu’une révélation tardive n’arrive. Garder le 25 du 25 kisleu, choisir le mois le plus proche, en l’occurrence décembre.

Il arrive que le 25 kisleu coïncide avec le 25 décembre. C’était le cas en 2016 et cela le sera de nouveau en 2027.

Hannoucah est une fête qui dure 8 jours, et nos fêtes chrétiennes sont aussi des octaves, il n’est donc pas trop tard pour vous souhaiter un

Joyeux Noël à tous !

 

 

La Hiérarchie

S’il y a un mot dont le sens se perd peu à peu, c’est bien celui-ci. Se perd ou change, lentement mais sûrement, altéré par l’air du temps.

En grec : En arkhè, le commencement, mais aussi le principe, donc ce qui détermine la suite. C’est le propre de celui qui dirige.

Le grec Ἐν ἀρχῇ (En arkhè) sont les premiers mots de la septante, (mal) traduits bien sûr par Au commencement. Mais le Berechit d’où ils proviennent, désigne plus sûrement un principe, comme une base fondamentale.  Et d’ailleurs on peut comprendre que la première phrase de la genèse soit « principielle », primordiale, fondamentale.
On retrouve donc cette notion chez celui qui dirige, chez le chef qui doit donner la direction, et c’est pourquoi en français nous retrouvons le préfixe « arch- » pour désigner quelqu’un qui a une autorité. Par exemple l’archevêque, l’archidiacre, et même l’architecte, maître de construction qui dirige les ouvriers. C’est le dirigeant qui met en place les principes de constructions de la maison (l’architecte), qui donne l’orientation spirituelle à adopter dans le diocèse (l’archevêque).

L’archi est celui qui a le pouvoir, qui est le chef, dans le sens de tête, celui qui donne le principe.

De nos jours archi est un préfixe que l’on place partout où l’on veut accentuer l’effet : c’est archi-important !!

Le grec ἱερός (hierós ) qualifié ce qui est sacré.

ἱερός, (hierós, sacré) et ὄνομα, (ónoma, le nom) ont fini par donner le prénom Jérôme, qui signifie le Nom Sacré (Celui de Dieu) (Voir un prochain article sur le Nom de Dieu)

Le sacré est ce qui ne se touche pas.(« Attention ! c’est sacré ! ») C’est même passé dans le langage courant, par exemple une habitude à laquelle on ne déroge pas devient « sacrée » (exemple : Ah mon café du matin, il est sacré !, ce que tout le monde comprend c’est l’idée qu’il ne faut pas l’enlever, c’est important pour le buveur de café). Mais dans notre domaine, le sacré relève de ce qui n’est pas de ce monde-ci (Voir un prochain article sur la notion de sacré), mais plutôt du monde venant, ce pourquoi nous ne pouvons pas le toucher.

Sacraliser un objet n’est autre que dire : « Attention il ne faut pas voir dans cet objet son propre terme, mais il désigne une réalité qui n’est pas d’ordre sensible, qu’on ne peut pas toucher »

La hiérarchie est donc étymologiquement un commandement sacré, un principe sacré, intouchable, inviolable.

Bien sûr, prendre des exemples dans ce monde-ci, dans notre environnement immédiat, notre travail, notre pays, est impossible. Nous n’y trouverons jamais une véritable hiérarchie. En effet une fois un pouvoir en place, il doit en général et avant tout se préoccuper d’y rester, vu comment les opposants font tout pour le destituer. Et d’autre part, notre pouvoir politique étant par définition temporaire (rythme des élections), aucune hiérarchie réelle n’existe.

La hiérarchie ne peut être modifiée, elle n’est donc pas d’ordre contingent. On trouvera une hiérarchie dans la description de la Nature Humaine, (voir article sur la Nature Humaine). On trouvera une hiérarchie dans la famille dont l’exemple principiel est la Sainte Famille. On trouvera une hiérarchie céleste des ordres angéliques.
Aucune de ces hiérarchies ne peut être modifiée, aucun décret ne peut assurer un changement dans celles-ci.

On peut parler d’une chaîne de commandement, mais parler de hiérarchie au sein d’une entreprise, d’une structure sociale, d’un gouvernement quel qu’il soit, c’est mésuser du mot, tel qu’il se définit étymologiquement.

Le fondement de toute hiérarchie c’est Dieu, le Dieu Vivant en qui rien ne change. Il est nécessairement présent, dans l’image ci-dessus, puisque son immuabilité est la garantie de toute hiérarchie vraie.

 

 

 

Trois mystères

[…]Si nous voulons grandir et être remplis de l’amour de Dieu, il faut planter notre vie sur trois grandes réalités – La Croix, l’hostie et la Vierge : crux, hostia et virgo… Ce sont trois mystères que Dieu a donnés au monde pour structurer, féconder, sanctifier notre vie intérieure et nous conduire vers Jésus. Ce sont trois mystères à contempler dans le silence. […]

Card. Robert Sarah, 
in « La Force du Silence», p. 70
(éd. Fayard – octobre 2016)

Obéir au réel

[…] Obéir à la nature des choses fut, pendant des générations, un postulat de base présent dans le sens commun y compris des illettrés et des incultes. Le paysan au milieu de sa rizière, l’artisan avec son marteau, le pêcheur avec son filet savent encore que chaque chose nous résiste selon ce qu’elle est, qu’ils doivent rester dociles et attentifs au réel s’ils désirent le vaincre ou le maîtriser dans le domaine qui leur est propre. La victoire passe nécessairement par l’obéissance au réel. Ne pas l’accepter, c’est s’exposer à des erreurs qui entraînent des conséquences dramatiques.

Pour construire une civilisation qui perdure, il faut commencer par respecter les principes naturels et reconnaître que le feu brûle, que l’eau désaltère et mouille, que le soleil réchauffe et fait lever le grain, que l’homme ne vit pas seulement de pain, qu’un enfant n’est pas un objet non identifié dans le ventre de sa mère… Tout va bien lorsque tous ou la majorité des personnes qui composent la société se retrouvent en ce même credo. Tout commence à aller mal lorsque, malgré l’évidence, des voix s’élèvent pour affirmer le contraire de ce qui est ou bien prônent un relativisme en la matière. Le déni de réel est cause de décadence. […]

Rd Père Jean-François Thomas, s.j.

in « Les mangeurs de cendres – petit traité spirituel », pp. 28-30

(éd. Via Romana – mars 2016)

Amer Constat

[…]Progrès ? – Le monde, depuis un siècle, évolue à pas de géant. Tout se précipite : le vent du « progrès » nous coupe la face. Amer symptôme : l’accélération continue est le propre des chutes plutôt que des ascensions.[…]

Gustave THIBON
in L’Echelle de JACOB p.173 –
H Lardanchet 1946